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> projets: On balls and brains (installation)
On balls and brains
(performance)

> investigation: L'escamoteur: vers une écologie de l'attention

> textes: L’escamoteur: économie de l’illusion, écologie de l’attention
L’escamoteur, ou le crime envisagé

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Hieronymus Bosch [ou disciple], L’Escamoteur, vers 1475-1505, huile sur bois, 53 x 65 cm, Musée municipal de Saint- Germain-en-Laye
Exemple de "journal pirate" de Lubumbashi: Reprenant des informations tirées de divers blogs, ces journaux sont imprimées chaque jour sur une ou deux pages A4. Ils sont soit vendus de main à main, soit disposés sur un trottoir en mode "pay per view".
Alors que les gobelets évoquant directement L’Escamoteur étaient moins familiers dans ce contexte, la collection d’anciennes pièces de monnaie liées aux différentes époques historiques du pays étaient plus évocatrices: du Congo Belge colonial à l’Indépendance, bientôt remplacées par la monnaie du Katanga sécessionniste, puis finalement du Zaïre de Mobutu. Comme le système monétaire actuel ne compte que des billets, ce n’est aujourd’hui plus qu’avec ces artefacts historiques qu’on peut jouer à pile ou face...

Montage sonore de l'installation

Mundele Ye Uyu: L'escamoteur à Lubumbashi
En collaboration avec David Douglas Masamuna, Blaise « Pelos » Musaka,
Alain Nsenga, Daddy Tshikaya et Eric Kayembe


« Eblouissements – transformer le réel »
, 5e Biennale de Lubumbashi, RDC

Cur. Toma Muteba Luntumbue
7 octobre – 12 Novembre 2017

Cette micro-enquête menée à Lubumbashi, capitale de la célèbre région minière du Katanga, répondait à une invitation de la Biennale de concevoir une intervention en dialogue avec la société civile et la scène artistique locales, dans un contexte particulièrement sensible de censure et de répression récurrentes en République Démocratique du Congo.

Reprenant le fil d’une enquête que j’avais menée pendant plusieurs années sur L’Escamoteur de Hieronymus Bosch et les politiques de l’attention, j’ai pris le parti d’introduire l’escamoteur à Lubumbashi, afin de stimuler le débat et collecter de nouveaux témoignages. Cette ancienne représentation d’un tour de passe-passe pratiquée dans la rue devait opérer ici en tant que « vanishing mediator » (dans une nouvelle compréhension du concept initial de Fredric Jameson). En tant que catalyseur, L’Escamoteur devait permettre de mobiliser des publics autour d’un nouvel objet capable de déplacer en partie les perspectives habituelles, avant de céder progressivement la place aux témoignages collectés et aux nouveaux assemblages produits.

Qu’est-ce qui capte, oriente ou détourne notre attention? Qu’est-ce qui apparaît et qu’est-ce qui disparaît dans notre environnement quotidien? Quels sont les forces qui organisent ces mouvements et dans quel but? Le séjour de deux semaines a débuté par une courte enquête, avec un programme d’une douzaine d’entretiens réalisé en collaboration avec le réalisateur David Douglas Masamuna, et avec l’aide de Blaise Pelos Musaka et de toute l’association Picha qui gère la Biennale. Ces entretiens ont été réalisés avec des journalistes, des enseignants, des artistes, des juristes, des étudiants, et un groupe de jeunes gens vivant d’activités de rue. Avec L’Escamoteur comme point de départ, les conversations ont souvent tourné autour des diverses tactiques d’arnaques de rue pratiquées dans la région (avec des boites d’allumettes, des cartes ou des pièces de monnaie), avant d’aborder d’autres formes de manipulation effectuées à une toute autre échelle – escamotage électoral, falsification de la mémoire historique, accaparement des ressources, sorcellerie et faux prophètes – mises en scène par la suite dans l'exposition.

L’installation rendait hommage aux « journaux pirates » circulant dans les rues de Lubumbashi. Alors que les médias officiels ne diffusent que des informations très factuelles et sélectives validées par le régime, ces journaux pirates se distinguent par leur positionnement extrêmement critique et connaissent un grand succès. En réalité, le seul problème est qu’ils véhiculent le plus souvent des récits totalement fantaisistes… La familiarité de ces objets et leur ambivalence, ainsi que leur capacité singulière à capter l’attention avec leur graphisme sauvage, en faisait un format idéal à ré-investir. En collaboration avec l’artiste Alain Nsenga, nous avons ainsi sélectionné des extraits des entretiens réalisés et conçus 50 exemplaires de nos propres « journaux pirates » avec ce nouveau matériau. Les affiches couvraient un mur entier de l’installation, qui comprenait également un haut-parleur circulaire diffusant un montage sonore de ces fragments d’entretiens, ainsi qu’une table et un panneau noirs conçus par l’artiste Daddy Tshikaya. Sur la table étaient disposés divers objets tels que des gobelets de ferblanc, des pièces de monnaies et des boîtes d’allumettes, utilisés pour une démonstration de tours de magie par Eric Kayembe lors de l’inauguration. Sur le panneau, le public était invité à réagir aux témoignages parfois controversés qui était présentés, à y contribuer avec de nouveaux éléments et à reprendre l'enquête à son compte.

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Avec le soutien généreux de la fondation Pro Helvetia

Vues de l'installation à l'espace Wallonie-Bruxelles, un des lieux d'exposition de la Biennale
Extraits des 50 affiches inspirées des journaux pirates lushois produites pour l'exposition, à partir des entretiens réalisés durant les premiers jours d'enquête